
Quand la chapelle de Trouville s'ouvre au regard d'une photographe
Les Journées européennes du patrimoine approchent, et avec elles ces moments privilégiés où des édifices généralement clos livrent leur intimité au public. À Trouville-sur-Mer, la Petite Chapelle Notre-Dame-de-Pitié, perchée sur la rue du même nom, accueillera les 19 et 20 septembre 2026 l'artiste visuelle Véronique Sablery pour une exposition intitulée « L'esprit du lieu ». Installée à Caen, à l'Espace Atelier 17, cette plasticienne a choisi de faire dialoguer ses compositions photographiques avec les murs, les peintures du chœur et les traces gravées dans la pierre de ce petit édifice trouvillais — un événement gratuit, ouvert de 10 h à 18 h, qui vaut le détour pour quiconque séjourne sur la côte et cherche à comprendre l'âme d'un territoire au-delà des façades.
Des motifs floraux aux graffitis, une présence silencieuse
Le travail de Véronique Sablery s'enracine dans l'observation patiente. Les motifs floraux qu'elle photographie proviennent tantôt de la chapelle elle-même — retables, décors peints — tantôt de l'environnement immédiat de l'édifice. S'y mêlent des graffitis tracés autrefois à la hâte, comme autant de prières murales, ainsi que des ailes, des fragments d'étoffes et de visages. L'ensemble compose ce que Normandie Tourisme décrit comme une présence silencieuse, en écho aux personnages dont le souvenir flotte encore entre les murs. Parmi eux, sainte Marie-Madeleine, représentée sur le retable d'autel, dont l'iconographie traverse le travail de l'artiste depuis de nombreuses années. Véronique Sablery puise aussi dans des images glanées au fil de ses visites d'ouvrages mémoriaux, tissant un fil entre le local et l'universel, entre la géographie précise de ce coin de côte et une mémoire plus diffuse, presque tactile.
L'histoire maritime d'une chapelle de plage
La Petite Chapelle Notre-Dame-de-Pitié porte en elle un récit qui la dépasse. Édifiée dans sa première version directement sur la plage au XVIIe siècle, elle fut élevée par Guillaume Croix, marin-pêcheur trouvillais, en remerciement à la Vierge après son mariage avec Marie de Surtainville, jeune fille de la noblesse honfleuroise originaire du Cotentin. Ce geste de gratitude d'un homme de mer, inscrit dans la pierre et dans la dévotion, donne à l'édifice une profondeur singulière — celle d'un lieu né d'une histoire d'amour et de la vie maritime, dans une Trouville qui n'était pas encore la station balnéaire que l'on connaît. Pour les voyageurs de passage dans les gîtes de la côte de Grâce ou du pays d'Auge, c'est précisément ce genre de récit oublié qui enrichit un séjour: non pas un monument livré à la visite, mais une chapelle habitée, temporairement ouverte, où l'art contemporain répond à l'histoire locale.
Un geste concret pour la restauration
L'exposition est gratuite, mais une urne sera disposée sur place pour recueillir les dons des visiteurs. Ces contributions seront intégralement versées à l'association Petite Chapelle de la Famille Croix et serviront à financer les prochains travaux de restauration, prévus cet automne. Pour les hébergeurs de la région — propriétaires de chambres d'hôtes, de gîtes ou de manoirs du littoral —, signaler cette manifestation à leurs hôtes, c'est participer à ce cercle vertueux qui lie accueil, patrimoine vivant et économie locale. Les Journées européennes du patrimoine offrent chaque année ces fenêtres de quelques heures où un lieu fragile redevient accessible, le temps d'un week-end. À Trouville, cette année, c'est par le prisme de la photographie et de la mémoire des pierres que l'on pourra redécouvrir un pan discret mais émouvant de l'histoire de la commune.
Exposition « L'esprit du lieu », Véronique Sablery — Petite Chapelle Notre-Dame-de-Pitié, 34 rue de la Chapelle, 14360 Trouville-sur-Mer. Samedi 19 et dimanche 20 septembre 2026, de 10 h à 18 h. Entrée libre. Plus d'informations sur le site de veroniquesablery.com.